Donner et recevoir

Pour apprendre à donner et à recevoir


Devenir membre d’une société ou d’une communauté exige l’apprentissage d’un ensemble spécifique de comportements et de coutumes. Ainsi, la compétence de «prendre et donner » repose sur des règles et des conventions sociales partagées, tant subtiles qu’évidentes, qui prennent du temps à être maîtrisées et pratiquées avec succès. L’acquisition d’une telle aptitude, plutôt difficile en soi, l’est d’autant plus lorsqu’une personne a été trahie, blessée, abusée ou rejetée par cette même société – incarnée par une personne représentative de toute la communauté tel un parent (dans le cas d’un enfant), un prêtre ou un enseignant, ou par une institution  (psychiatrique, éducative ou religieuse), ou par ces deux formes à la fois et de façon répétitive – comme c’est le cas pour la plupart des femmes fréquentant La rue des Femmes. Comment alors inciter, encourager, aider, supporter ces femmes dans une relation avec cette même collectivité qui les a si maltraitées et abusées, et par là répondre au phénomène de l’itinérance et de l’exclusion? Ne serait-ce pas par l’INCLUSION et la CONNEXION?

À La rue des Femmes, nous travaillons constamment à créer et à perfectionner une communauté qui permet aux femmes itinérantes de ré-expérimenter le lien avec les autres comme moyen de guérison et de reconnexion à la vie, dans la dignité et le sens de la maîtrise. À cette fin, notre pratique thérapeutique évolue et s’approfondie constamment, alors que la vision et les principes de base demeurent constants.

La conviction que la personne est beaucoup plus que l’ensemble de ses comportements fait partie de ces principes. En fait, c’est l’essence de ces femmes qu’il nous importe de connaître et c’est à leur essence que nous nous relions. L’essence est la partie de l’être qui répond à l’énergie de l’amour, de sa propre vérité, de la reconnaissance de l’humanité chez les autres, et qui est capable de ressentir toute la gamme des émotions. Et ce en dépit de tant d’années pour ces femmes à se défendre et à se couper d’elles-mêmes et des autres.

Sachant avec une certitude absolue que l’essence de chaque personne reste intacte peu importe son histoire, nous sommes capables de nous approcher de chacune d’elle d’une manière qui l’incite et l’encourage à revivre l’expérience d’elle-même et des autres en tant que participante à cette même communauté vivante, et à donner et à recevoir le bien-être du lien partagé.

Les fondements de cette thérapie sont, entre autres, l’acceptation, la conscience de soi, l’expérience pour soi et pour l’autre du droit absolu d’exister, la connaissance de la vie comme mouvement vibrationnel ou sensoriel (respiration, sentiments, sensations, pensées, fonctions du corps), le droit de créer sa propre réalité, la maîtrise de sa propre vie, le pouvoir de faire des choix, la nécessité d’être en sécurité, l’habilité de réécrire son histoire dans une nouvelle perspective, et la capacité de créer, danser, chanter et jouer.

Tous ces éléments font partie des valeurs et des principes premiers qui continuent à nous guider dans cette passionnante expérience d’inclusion et de connexion, dans le but ultime de créer une communauté avec le groupe le plus exclu de notre société.


Shulamit Lechtman
Mai 2007