Notre définition de l'itinérance

Définition de l'état d'itinérance par La rue des Femmes



L’itinérance est un état et non une situation. Nous définissons l’état d’itinérance comme un problème de santé grave, la santé comprenant entre autres, la santé physique, la santé mentale ET la santé relationnelle.

Bien qu’à la base l’état d’itinérance se définisse de la même façon pour une femme que pour un homme, la prise en compte dans la définition des différences selon le genre est obligatoire afin de prendre en considération les besoins spécifiques à chaque genre.

L’état d’itinérance est un état extrême de déconnexion relationnelle de soi et des autres, causé par une souffrance relationnelle intolérable générée par des blessures relationnelles extrêmement graves subies le plus souvent à l’enfance, par les coups de la violence (abus, maltraitance, torture, guerre, etc) ou de la vie (perte de personnes très significatives, catastrophes naturelles, etc). Étant donnée la non reconnaissance et la méconnaissance des blessures et de la santé relationnelles, cette souffrance est aussi maintenue et aggravée par le manque de soins relationnels.

L’état d’itinérance réfère à une incapacité de fonctionner dans la réalité trop douloureuse du corps relationnel (relation à soi et à l’autre, avec impacts graves sur la santé, l’emploi, la famille, le logement, le voisinage, l’espace public, etc), tout comme l’état de coma réfère à une incapacité de fonctionner dans la réalité également trop douloureuse du corps physique. Aussi, que l’on parle d’état de coma ou d’état d’itinérance, les deux présentent un aspect de morbidité très important.

Lorsque trop extrême, tout comme la souffrance physique, la souffrance relationnelle ne peut être supportée consciemment par la personne sans le danger d’encourir des torts irrémédiables à son intégrité, tels qu’arrêt cardiaque, suicide, ou autre. C’est pourquoi la nature a pourvu la personne de différents mécanismes de survie à la souffrance, à plus ou moins long terme ou à plus ou moins longue portée, appropriés aux différentes situations. 

Ainsi, dans les cas les plus aigus, la personne pourra soit quitter la réalité physique de son corps par le coma, soit la réalité relationnelle par la psychose, stratégies qui ne peuvent cependant se prolonger au-delà d’un seuil critique. Par ailleurs, cette souffrance relationnelle pourra être absorbée soit par le physique, pouvant alors entraîner une maladie physique comme le cancer, soit être absorbée par le mental, avec possibilité alors d’une maladie mentale grave.

Au-delà des effets secondaires qui peuvent être multiples, la morphine ou autres calmants pourront apaiser la souffrance physique; quant à eux, les médicaments psychiatriques, la drogue ou l’alcool, etc, seront aussi utilisés par la personne souffrante dans le but premier d’apaiser sa souffrance relationnelle. Quoiqu’il en soit, parallèment à l’apaisement de la souffrance, nous devrons soigner les blessures physiques ou relationnelles car en faire l’économie entraînerait des conséquences graves sur l’intégrité physique, mentale ou relationnelle de la personne, ainsi que sur la société elle-même, ne serait-ce qu’en termes des lourds coûts sociaux imposés par une telle économie.

La violence est faite de coups (physiques, verbaux, relationnels, mentaux, etc)  et  de blessures (physiques, relationnelles, etc). Il ne suffit pas de dénoncer la violence pour l’arrêter et arrêter la victimisation, il faut aussi reconnaître et soigner les blessures, non seulement physiques, au risque que la personne entre dans un processus grave de détérioration de sa santé relationnelle. Lorsqu’en plus la violence est perpétrée par des personnes significatives et en détresse comme les parents ou le conjoint, elle est d’autant plus dommageable car la victime baigne dans une atmosphère de confusion, de désespoir et de folie, ce qui contribue à détériorer encore davantage sa santé relationnelle. Notre expérience auprès des femmes ainsi que la pédiatrie sociale nous montrent que les parents ou les conjoints violents ont une santé relationnelle extrêmement précaire et brisée, et ont également besoin de soins pour retrouver leur santé relationnelle pour que la violence cesse de façon durable.

Une solution durable à l’état d’itinérance telle que vécue actuellement par les personnes elles-mêmes et par la société ne pourra exister en dehors d’une définition de l’état d’itinérance fondée sur la reconnaissance de la santé relationnelle, des conséquences de la perte de la santé relationnelle et de ce que ça implique pour la recouvrer. Nous devons sortir d’une définition de l’itinérance qui ne reconnaît pas que l’itinérance est un état, et qui présente les conséquences désastreuses d’un tel état comme étant la définition de l’itinérance. Ainsi la société sera en mesure d’assumer ses responsabilités envers toutes les personnes, ce qu’elle doit et veut faire, quels que soient les problèmes de santé physique, mentale ou relationnelle que ces personnes présentent, et se donner comme il se doit les moyens sanitaires, sociaux, économiques et financiers ainsi que les politiques adéquates pour le faire.

Bref, il est urgent d’inclure les personnes en état d’itinérance dans notre système de santé, la santé étant relationnelle, physique et mentale. Leur ré inclusion dans la société ne pourra se faire autrement. Tant qu’elle n’aura pas reçu les soins requis par son état et nécessaires à son rétablissement, la personnes gravement malade ou blessée sur le plan relationnel, mental ou physique ne pourra que difficilement avoir accès à un revenu décent ainsi qu’à tout ce que ça implique pour pouvoir fonctionner dans une société comme la nôtre, si riche soit-elle. Et alors la rue, le désespoir et l’exclusion deviendront encore et encore son lot qui continuera de nous hanter. Car rappelons-nous que ces personnes que nous abandonnons à la rue, aux ressources de dernier recours, à notre impuissance, à notre honte et souvent même aux prisons, ce sont nos mères, nos pères, nos sœurs, nos frères et nos enfants, et peut-être même, un jour, ….…. nous-mêmes. C’est le prix implacable à payer pour ne pas comprendre que la santé est d’abord relationnelle.

La définition traditionnelle de l'itinérance

Est considérée itinérante la personne « qui n’a pas d’adresse fixe, qui n’a pas l’assurance de logement stable, sécuritaire et salubre pour les 60 jours à venir; à très faible revenu; avec une accessibilité discriminatoire à son égard de la part des services; avec des problèmes soit de santé mentale, soit d’alcoolisme et/ou de toxicomanie, et/ou désorganisation sociale et dépourvue de groupe d’appartenance stable ». Parmi les caractéristiques sociales les plus souvent remarquées chez cette population on retrouve l’exclusion, l’instabilité permanente et le cumul des problèmes.

Caractéristiques
Les personnes itinérantes vivent généralement une existence marquée par l’exclusion sociale et la désaffiliation sociale. Elles sont aux prises avec la pauvreté, le chômage, la rareté de logements salubres à prix abordable et la discrimination exercée à l’égard de ces personnes sur le marché locatif. Au plan individuel, leur parcours est ponctué d’histoires de maladie, de violence, de décrochage et d’échecs. Pour les femmes itinérantes, la violence conjugale est souvent un des facteurs ayant contribué à leur situation.

Bien que l’on croise encore souvent « le clochard ou la baglady typiques » dans le paysage montréalais, les jeunes de la rue présentent un profil plus diversifié : on croise des jeunes issus des centres jeunesse ou des jeunes laissés pour-compte, des jeunes provenant d’une région éloignée venus trouver du travail en ville, des jeunes prostitués, des jeunes de banlieue venus passer la fin de semaine au centre-ville, des jeunes utilisateurs de drogues injectables, des jeunes anarchistes en butte contre la société capitaliste.

Types d’itinérance

  • L’itinérance se diversifie. Les responsables des ressources se retrouvent devant des demandes ou des situations de plus en plus complexes. À titre d’exemple, l’arrivée de jeunes accompagnés de chiens ou l’arrivée de jeunes couples posent des problèmes aux ressources d’hébergement.
  • L’itinérance situationnelle ou transitoire réfère aux personnes momentanément sans logement alors qu’elles ont généralement un toit.
  • L’itinérance épisodique ou cyclique réfère aux personnes qui vont et viennent entre un logement et la rue.
  • Enfin, l’itinérance chronique réfère aux personnes qui n’ont pas connu de logement stable depuis une longue période de temps.