La chorale

Les bienfaits de l'atelier de Chorale à La rue des Femmes


« Un rêve de chorale en haut dans le coeur de Léonie. Un rêve de chorale plus bas dans le coeur de Monique. Le rêve de Léonie descend sur terre. Celui de Monique monte vers le ciel. Ils se rencontrent dans l’escalier. La chorale de la Rue des Femmes, LES VOIX DU COEUR,  est née. Et en même temps, une merveilleuse amitié entre les porteuses du même rêve.
C’est le jeudi que je m’amène pour les répétitions. C’est le jeudi que mes belles dames m’attendent avec impatience. Je suis aussi envahie, habitée, par la même hâte de les retrouver.

Je suis privilégiée. Jamais il ne m’a été donné de côtoyer la douleur de si près… la douleur sous toutes ses formes. Jamais il ne m’a été donné de goûter la saveur du courage… du courage sous tous ses aspects.

Il existe entre nous une grande et belle discrétion. Je ne connais de mes belles dames que le prénom. Elles savent que je m’appelle Monique-tout-court et que je les admire et les aime de tout mon coeur. Je devine des bribes de leur drame personnel au travers des chansons que nous interprétons. Bientôt font surface l’abandon, la solitude, l’enfant égaré pour toujours, le p’tit bonheur à jamais perdu, la faim jamais assouvie, la soif, toutes les soifs jamais étanchées. Merveilleuses confidences dont elles allègent leur âme dans un climat de confiance. Leur fardeau rejoint le mien, celui des mes “aimés”. Nous sommes toutes si semblables face à l’universalité de la douleur. Notre petite enfance, notre prime berceau nous ont rendues si différentes, bien armées pour la vie ou complètement démunies devant l’épreuve.

Le nombre de mes choristes varie de semaine en semaine, suivant le temps qu’il fait, suivant la météo de leur vie. Il y a au centre de cette présence, de cette absence, un noyau qui est toujours là, mes huit fidèles musiciennes avec qui j’ai réalisé la belle fête de juin dernier. Font aussi partie de la chorale, celles qui ne mettent que le nez à la porte sans jamais s’asseoir, celles qui viennent une seule fois et qui ne reviennent jamais. Il n’y a pour faire partie du choeur aucun prérequis, aucune règle imposée, à partir du moment où l’on sait que chanter est une affaire de coeur beaucoup plus qu’une question de voix. Et pourtant, au sein de la chorale règne une rigoureuse discipline. C’est bien la loi de l’amour. Une fois présentes à la répétition, nous sommes entraînées malgré nous dans l’obligation de nous entr’aimer. On laisse à la porte problèmes, différences, inimitiés et on chante. Les progrès que mes belles dames ont réalisés au sein de ce va-et-vient, de ce climat affectueux,  sont tout à fait remarquables. Elles retirent de leur succès une profonde fierté qui les habille d’une grande beauté. Nous sommes beaucoup plus qu’une chorale. Nous sommes une famille qui, de plus en plus, fait face, unie, à toutes les intempéries du monde. Je ne peux m’empêcher de penser à ce philosophe grec qui devant complots, cataclysmes, déchirures et drames sortait sa cithare et meublait l’air vicié de ses chants pour éloigner le mal et la peine.

Du rêve de Léonie et du mien est né un miracle. L’idée qui me réjouit le plus, c’est de penser que mes belles dames qui égarent leurs pas sur tant de rues inhospitalières se disent toute la semaine: “J’ai hâte à jeudi” et que je me murmure exactement la même chose au défilé de mes jours. Ah! l’euphorie que mon coeur ressent à la pensée que plusieurs de mes dames ne savent pas quel toit les abritera le soir, MAIS il y a dans leur vie la certitude du jeudi-de-Monique qui commence et finit par un câlin, qui se meuble invariablement de gâteries et de surprises. Ce jeudi “sacré” qui débute par des exercices de respiration pour expulser le chagrin, pour se vêtir pendant quelques heures d’une toge de joie saine et vraie. Jean Bédard disait bellement qu’on mesure l’efficacité d’une relation par le bonheur qu’elle nous apporte. Alors, je crie sur tous les toits que la chorale Les Voix du Coeur est probablement la plus belle, la plus enrichissante aventure de ma vie. Et je bénirai toute ma vie mes belles dames qui ont permis à mes modestes talents et à mon coeur, qui ne bat proprement que lorsqu’il aime, d’apporter du soleil dans leur vie. »


Monique Joachim