Abandonnées à la rue

Qui sont ces femmes ?

La parole aux femmes. La vidéo ci-dessous parle d'elle-même :

 

Dans leurs mots

 

 « Le plus beau cadeau que j’aime recevoir est celui d’être écoutée. »
Anonyme

« Bâtir, c’est construire une base solide qui permet de faire face aux aléas de la vie. Souvent ce que nous bâtissons est le reflet de nous-mêmes, de nos forces et faiblesses profondes. »
Marie-Ève

« Pas besoin d’être membre
Pour avoir une chambre (…)
Avoir une maison, c’est pas une livraison
Mais un don
Un don d’être sur la voie de la guérison »
Martha Sylvia

« Une chambre, un lieu pour dormir, pour se recueillir, qui est supposé nous appartenir, ou nous apporter un certain repos (…) Reprendre le goût d’être à l’horizontale et lire, écouter de la musique, se ré-imaginer une vie… Lieu pour redevenir soi-même. »
Myrlande

« J’ai pris la décision de changer beaucoup de choses dans ma vie. Mes attentes sont grandes. Je réalise que ce n’est pas facile, mais je suis tellement décidée que je ne vais pas me décourager. »
Maria G

« Accepter tout ce que je suis, tout ce que je vis, et savoir que mes démons intérieurs se transformeront en papillons magnifiques, colorés et libres. »
Maire-Claude L

« Par-dessus les vêtements sales, l’odeur de la chair qui a connu tous les hivers. Malgré les engelures, tu espères encore la grande débâcle d’un printemps à venir. »
Manon

« Les gens qui n’ont rien comprennent ceux qui ont encore moins qu’eux et s’entraident. Ils donnent. »
Sofia

« Parfois, la personne incestuée devient solitaire et asociale; elle en vient peu à peu à la perte de son emploi, de ses biens et de son statut; elle peut se retrouver isolée et sans-abri. »
Isabeau

« Quand je fais des photos de la nature en fleurs (…) ça me donne du courage pour vivre et je n’ai plus envie de mourir. J’apprécie chaque petit bonheur qui passe. »
Thérèse

« Rire et parfois pleurer
Unir mes espoirs
Encore chaque soir

Débrouiller ma vie
En parant de moi
Surtout quand je n’veux pas

Fourchette du midi
Énergie, appétit
Manger et mieux vivre
Mon quotidien, rire
Enthousiasmée et calme
Solidaires des femmes! »
Grain de Sable

Histoires de vies

Voici des histoires de vie réelle. Elles nous ont été racontées par des femmes blessées par la vie et blessées aussi par le fait que très souvent elles ne sont pas suffisamment écoutées et crues.
   
Une histoire de bébé trouvé avec de nombreuses fractures, le corps asséné de coups. Dans les ressources, des travailleurs et travailleuses se retrouvent avec ce bébé 10, 15, 20, 25 ou 30 ans plus tard. Une enfant placée dans des foyers d’accueil. Une jeune fille qui n’a pas suffisamment pu revenir thérapeutiquement sur sa situation d’enfant martyrisée, parce que les outils manquaient sur le chemin qu’elle a suivi. Bien sûr, nous reconnaissons la vie difficile de ce bébé mais comment notre société évalue-t-elle cette enfant et quels sont nos outils pour poursuivre un travail de guérison non seulement physique mais aussi émotionnel et mental. Comment sommes-nous préparées comme travailleuses pour faire face à de telles rencontres?

Une jeune fille, sensible, est diagnostiquée avec des difficultés en santé mentale. Elle raconte qu’elle se sentait isolée, rejetée par le clan familial, souvent laissée seule à la maison et sans grandes ressources ni outils pour développer une estime de soi. Elle se retrouve en foyer d’accueil à l’adolescence, crée un lien étroit avec la mère substitut mais devient vite trop difficile pour cette deuxième mère. S’ajoute à la blessure de base (santé mentale) de multiples autres traumatismes comme l’abandon, le rejet, etc., et cette jeune femme se retrouve socialement isolée en appartement et incapable de vivre des relations saines. D’une expérience d’expulsion à une autre, la rue devient sa maison. L’itinérance est une suite logique de nombreuses difficultés.

Une femme appelle tous les soirs. Elle était mariée, elle et son mari avaient acheté une ferme. Son mari a laissé mourir tous les animaux, il l’a mise à la rue. Elle est maintenant dépressive. Elle est malade et tout ce qu’elle souhaite, c’est se laisser mourir.

Une autre histoire : celle d’une enfant vivant dans la rue avec sa mère et ses sœurs. Elle connaît l’alcool à un très jeune age, elle dort dans les parcs, dans les stations de métro, dans les ressources, chez des amis qui demandent en retour un petit service de nature sexuel (pourquoi pas? Après tout, il lui a payé un bon repas et la laisse dormir dans un lit) Il arrive que la mère loue un motel le temps d’écouler l’argent du chèque d’aide sociale. Elles trouvent un logement à l’occasion, mais compte tenu des difficultés de la famille, elles sont rapidement évincées. Comment cette enfant arrive-t-elle à trouver sa place dans la société? Y-a-t-il une place pour cette jeune femme? Celle dont je vous parle s’est vue enlever ses enfants (traumatisme insurmontable pour la plupart des femmes qui passent par cette expérience). A partir de ce moment, elle commence à consommer des drogues dures et à en faire la vente. Elle connait la prison et ne peut pratiquement plus recevoir d’aide des ressources, ne pouvant plus respecter les règlements des maisons qui l’accueillent.